Notes de la résistance catalane 03/11/2017

AGUSTÍ NICOLAU-COLL – CHRONIQUE DU 3 NOVEMBRE 2017

1. Où en sommes-nous : les faits

Vendredi dernier le Parlement catalan a proclamé la République catalane en tant qu’État indépendant.

La même journée le Sénat espagnol a approuvé l’application de l’article 155 qui suspend l’autonomie catalane. Du même coût le gouvernement espagnol a convoqué des élections au Parlement catalan pour le 21 décembre (ce qui est une usurpation d’une des fonctions exclusives du Président du gouvernement de la Catalogne.

Lundi dernier les membres du gouvernement catalan brillaient par leur absence, seulement deux ce sont présentés a leur ministère et pour pas longtemps.

Mardi dernier Carles Puigdemont a tenu une conférence de presse à Bruxelles en tant que président légitime du gouvernement catalan et en dénonçant l’action du gouvernement de Rajoy.

L’Audience Nationale (un Tribunal d’exception hérité du franquisme et qui juge surtout de causes de terrorisme) a convoqué pour le jeudi 2 novembre, les membres du gouvernement qui étaient et Catalogne à Madrid sous accusation de sédition.

Après audition la même juge qui a mis en prison préventive il fait deux semaines les leaders de la société civile, Jordi Cuxart i Jordi Sanchez, a décrété prison pour 9 membres du gouvernement catalan, 7 hommes et 2 femmes.

Carles Puigdemont et 4 ministres de son gouvernement sont restés en Bélgique afin de continue à internationaliser la question catalane.

2. Les élections du 21 décembre

Quand vendredi dernier le gouvernement de Rajoy a convoqué des élections au Parlement catalan pour le 21 décembre, malgré le fait qu’il a usurpé une fonction exclusive du président du gouvernement catalan, les forces indépendantistes n’ont pas hésité bcp a déclarer qu’elles allaient y participer.
La prise de cette décision apparemment non-cohérente avec le fait d’avoir proclamé la République catalane, a été motivée par différentes raisons :

  • Empêcher que le gouvernement catalan tombé dans les mains des partis unionistes farouchement anti-catalans.
  • Profiter de la possible victoire des indépendantistes, pour mettre en évidence quelle est la volonté de la majorité du peuple catalan, surtout aux yeux du monde.
  • Reprendre le fil est poursuivre avec le déploiement de la République, coûte que coûte, en confrontation ouverte contre Madrid (cette raison serait partagée seulement pour une partie des forces indépendantistes…)
  • Faire une dernière offre finale à date fermée, de négociation pour la tenue d’un référendum accordé, ce qui pourrait faire l’affaire de l’Europe qui commence a s’inquiéter de la dette de l’Espagne qui correspond à 120% du PIB…

Le débat ouvert présentement sont deux :

  • sur comment y aller, si en coalition ou chacun de son côté, mais cela doit être décidé avant le 7 novembre pour des questions légales.
  • sur quelle doit être la colonne argumentative de la campagne électorale, son objectif principale :

– Libération des ministres et activistes mis en prison et défense générique de la démocratie ? C’est l’option mise de l’Avant par l’orbite de Podemos et du parti de Puigdemont, PDECAT, mais qui gagne dangereusement du terrain : ont critiqueraient la mise sous tutelle de la Catalogne, mais sans revendiquer la République indépendante. Revendiquer la démocratie sans un lien avec la situation actuelle.

– Défendre la République catalane comme la façon de ne pas reculer et aller de l’avant et aussi comme la meilleure façon de défendre la République.
Nous allons voir où tout cela aboutira…

3. La société civile et la mobilisation citoyenne

On pourrait en parler longuement sur les erreurs, à mon avis, commis depuis le 1er octobre. Si jusqu’au référendum le leadership de l’ANC et Omnium Cultural a été exemplaire et efficace, depuis ils n’ont pas une stratégie claire.
Certainement une grande partie de la responsabilité est des forces politiques indépendantistes, qui ont eu un comportement erratique depuis le référendum du 1er octobre. Pourquoi ?

Je dois dire que la classe politique catalane depuis le 1er octobre n’a pas été à la hauteur. Je pense qu’ils avaient assumé et intériorisé que le référendum ne pourrait pas avoir lieu et ils avaient commencé à se préparer pour des élections. Le succès dans l’organisation (dans les mains presque exclusivement de volontaires), ainsi que sa tenue malgré la répression policière, les a pris par surprise et sans aucune stratégie. Ce qui explique le comportement erratique, la société en haleine sans trop savoir ce qui allait se passer.

Présentement, l’ANC et Omnium cultural continuent à nous convoquer à des actions de protestation statique (concentrations, casseroles, …) de nature réactive. Ils nous disent « Aucun pas en arrière! » et je leur réponds « Mais pour quand un pas en avant? »…

Nous sommes de plus en plus à considérer qu’il faut monter d’un cran dans les mobilisations avec des actions de désobéissance et blocages non-violents : entourer les édifices de l’administration espagnole, entourer les commissariats de police, ne pas payer dans les péages, bloquer des routes et des lignes de train, etc

4. Questions impertinentes très pertinentes

Si le gouvernement catalan se considère légitime comme celui de la République catalane indépendante, pourquoi des ministres ont accepté la citation de l’Audience Nationale espagnole ? Pourquoi se rendre à Madrid, ce qui est reconnaître l’autorité d’un État étranger sur la République catalane?
La semaine prochaine la présidente du Parlement, Carme Forcadell, doit aussi se rendre au Tribunal Suprême pour une citation. Pour quoi elle compte y aller ? Si elle refuserait et s’installerait au Parlement catalan, on peut être sûrs que la population entourerait l’édifice pour la défendre. Pourquoi ne pas le faire ?

Je pourrais vous partager bcp d’autres questions sans réponse… mais je ne veux pas vous fatiguer.

J’en conclu que le gouvernement catalan n’a pas fait confiance à la population quand celle-ci montrait sa capacité de dépasser les limites que la classe politIque s’était imposée. Une fois de plus l’élite au lieu de canaliser la force du peuple, vient de la freiner…


Géographe et historien de formation, Agustí Nicolau-Coll a été vice-président du Cercle culturel catalan du Québec et vit actuellement en Catalogne. Dans le texte ci-dessus, Agustí exprimme ses opinions personnelles et nous les reproduisons pour partager avec vous les réflexions de quelqu’un qui, ayant vecu au Québec, apporte un regard éclairé au public québécois sur la situation actuelle en Catalogne.